L’urée sans droits touche à sa fin
567 kt restantes sur 890 ; et un second détroit bascule au Moyen-Orient
CE QUE LE MARCHÉ NOUS DIT CETTE SEMAINE :
Une échéance discrète domine la semaine pour un marché importateur net comme le nôtre. Au 11 septembre, il restait 567 kt sur les 890 kt d’urée que l’Union européenne peut importer sans droits de douane, et 150 à 200 kt sont déjà en route depuis le Nigeria, l’Arabie saoudite ou l’Azerbaïdjan. Le contingent est donc aux deux tiers consommé. Une fois épuisé, un droit de 6,5 % s’applique à chaque tonne importée, soit une trentaine d’euros sur une urée à 520 €/t départ Gand. Ce n’est pas une prévision de marché, c’est une mécanique de calendrier, et elle tombe au moment où le coût de remplacement a déjà rejoint le prix de vente.
Le second fait de la semaine est ailleurs. Après Ormuz, Bab el-Mandeb. Vendredi, des combattants houthis ont pris l’île de Perim, qui coupe en deux le chenal du détroit, au lendemain de l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest, touché par des drones. Ce tuyau était la porte de sortie de secours du Golfe depuis la quasi-fermeture d’Ormuz. Le détroit n’est pas fermé, mais le trafic y est tombé d’une trentaine de navires par jour à une douzaine en fin de semaine, et des armateurs reroutent déjà par le cap de Bonne-Espérance. Deux passages contraints en même temps, cela veut dire du fret plus cher, des assurances plus chères et des routes plus longues, sur des tonnes que le nord-ouest européen ne produit pas lui-même.
Le Brent a dépassé 108 $ le baril lundi matin et le gaz européen tourne autour de 80 €/MWh, au plus haut depuis 2023 : l’azote européen se fabrique avec ce gaz-là. Il s’en fabrique d’ailleurs moins. Un producteur de 3,6 Mt d’ammoniac par an a annoncé le 2 septembre envisager de réduire sa production, une usine d’urée italienne ne redémarrera pas avant la mi-novembre, et un producteur allemand de sulfate d’ammoniaque arrête le sien fin septembre. Moins de tonnes produites en Europe, des importations plus chères à faire venir et un contingent qui se vide : les trois mouvements vont dans le même sens. Une banque d’affaires estime d’ailleurs qu’il faudrait dépasser 100 €/MWh sur l’échéance de décembre pour attirer assez de gaz liquéfié vers l’Europe, contre 50 dans son scénario précédent.
Repères cultures (prix indicatifs)
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Maïs :
230 €/t
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Blé tendre :
235 €/t
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Colza :
525 €/t
Les trois cotations ne bougent pas d’une semaine sur l’autre, ce qui est déjà une information dans une semaine où le pétrole a repassé les 108 $. Pour l’exploitation, la conséquence est simple : le produit ne bouge pas alors que la charge d’azote remonte, et c’est l’écart entre les deux qui se creuse. La Commission a pourtant coupé de 11 Mt sa prévision de récolte européenne de blé tendre et de 8 Mt celle de maïs, sans que cela suffise à faire monter les cotations.
À retenir :
- Le contingent d’urée importable dans l’Union sans droits de douane est aux deux tiers consommé : 567 kt restantes sur 890, et 150 à 200 kt déjà en route
- Une fois ce contingent épuisé, un droit de 6,5 % s’applique, soit une trentaine d’euros par tonne d’urée importée
- Après Ormuz, l’île de Perim au milieu de Bab el-Mandeb passe sous contrôle houthi, au lendemain de l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest
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Le gaz a pris 20 % en quinze jours : la marge d’un producteur européen de nitrate est désormais très faible
Ammonitrate :
Le nitrate se réévalue dans tout le nord-ouest européen : les péniches se sont traitées en fin de semaine autour de 400 €/t, contre 385 à 390 il y a quinze jours, et les offres magasin suivent. Cette fois, le coût neuf est là. Le gaz de l’échéance d’octobre a pris 20 % en quinze jours, et sur cette base la marge d’un producteur européen de nitrate est faible : la tonne revient à peu près à ce qu’elle se vend. Ce qui manque encore, c’est la demande. Les ventes au détail sont faibles, voire nulles, et plusieurs distributeurs hésitent à reconstituer leurs stocks. Un marché où le producteur ne gagne plus rien et où l’acheteur ne se presse pas ne baisse pas pour autant : il attend de savoir lequel des deux cédera le premier. Un autre coût pèse sur le nitrate européen, et il ne vient pas du gaz : le carbone. Un grand producteur a inauguré le 7 septembre aux Pays-Bas la plus grande installation européenne de captage de CO2, 800 kt par an, ce qui lui évitera la taxe carbone sur ces volumes ; tous les sites européens ne disposent pas de cette solution, et l’écart finira par se lire dans les prix. À l’unité d’azote, le 27 revient à environ 1,48 €.
Urée :
L’urée a monté toute la semaine : 495 à 500 €/t en début de mois, 515 €/t mercredi, 520 €/t vendredi, avec quelques lots traités jusqu’à 540. Deux raisons à cela. Le Golfe assure environ 35 % du commerce maritime mondial d’urée, et le contournement routier mis en place depuis Ormuz, de Jubail vers Yanbu sur la mer Rouge, débouche désormais sur un détroit sous contrôle. Et le coût de remplacement a rattrapé le prix de vente : sur la base des niveaux égyptiens de la semaine, une tonne rendue au Benelux revient à 525-545 €/t, soit au-dessus de ce à quoi elle se négocie aujourd’hui. Les traders qui ont de la marchandise en cours d’arrivée subissent la pression de vendre mais hésitent à baisser. Ajouté à un contingent qui se vide, cela fait peu d’arguments pour un repli. À noter que la version inhibée se négocie 540 à 575 €/t départ au Benelux, l’écart avec l’urée nue restant stable d’une semaine sur l’autre. Côté logistique, les niveaux d’eau remontent dans le réseau fluvial et les expéditions par péniche de mille tonnes pourraient reprendre d’ici dix à quinze jours.
Solution azotée :
La solution azotée a fait l’aller-retour : repli à 415-420 €/t en début de mois, ce qui a déclenché une vague d’achats estimée entre 30 et 60 kt, puis retour à 430 €/t et des demandes jusqu’à 435 €/t en fin de semaine. L’offre reste limitée et les cuves européennes sont moins remplies que l’an dernier. Rappel utile avant de comparer des prix à la tonne : avec un titre de 30 et des pertes à l’épandage, c’est la forme d’azote la plus chère à l’unité réellement valorisée, autour de 1,71 €. Ce qui se paie ici, c’est la souplesse d’apport et le matériel déjà en place. Un seul facteur pourrait desserrer l’offre : le contingent d’importation en franchise de droits de 583 kt n’a toujours pas été utilisé, et le débat reste ouvert sur l’arrivée de tonnes américaines dans l’Union au quatrième trimestre.
Phosphore — DAP & TSP
Ni le DAP ni le TSP ne bougent cette semaine, et pour une raison peu réjouissante : la demande est quasi nulle. Dans plusieurs pays, les distributeurs estiment que les agriculteurs vont réduire fortement leurs apports de phosphore et de potasse, voire faire une impasse. Côté offre pourtant, rien ne se détend : le premier producteur saoudien de DAP a revu ses perspectives de production à la baisse, Bab el-Mandeb contraint désormais les mêmes routes et la Chine prolonge ses restrictions à l’exportation. Les formules ne laissent pas davantage d’air : le NPK 15-15-15 se tient à 555-580 €/t caf vrac péniche quand le coût des matières premières d’un mélange équivalent ressort à 482-514 €/t. La faiblesse est mondiale : au Brésil, la demande de phosphates est pratiquement inexistante et le TSP y a encore reculé. C’est le poste que la trésorerie coupe en premier, et le moins facile à rattraper ensuite.
Soufre &
sulfonitrates
Le sulfate d’ammoniaque ne bouge pas, à 370 €/t départ, malgré des arrivages chinois annoncés jusqu’à la mi-octobre sur les ports du Benelux. L’offre européenne, elle, se réduit : un producteur allemand placé en insolvabilité arrête sa production fin septembre, et l’ASN 26N + 37 SO3 d’un producteur espagnol est vendu jusqu’en novembre, ses offres ayant été retirées le temps de réévaluer le coût de l’acide sulfurique et de l’ammoniac. À l’unité d’azote seule, le compte reste défavorable : 21 points de titre à ce prix, cela fait environ 1,76 € l’unité, au-dessus de toutes les formes concentrées ; ce qui se paie ici, c’est le soufre. Le même mécanisme que sur l’urée joue d’ailleurs : le contingent d’importation en franchise de droits est tombé à 273 kt sur 413, et l’offre chinoise attend la libération de nouveaux quotas d’exportation.
Sulfate d’ammoniaque 21 :
370 €/t départ
Potasse — KCl
Le chlorure de potasse reste à 370 €/t départ et les tarifs catalogue sont inchangés. La demande est quasi nulle, comme sur le phosphore. Le marché mondial bouge pourtant : les prix se sont raffermis aux États-Unis sur les deux dernières semaines et, après la levée des restrictions américaines sur la potasse biélorusse, une première cargaison est attendue outre-Atlantique en septembre, la première depuis fin 2021. Les niveaux européens restent une vingtaine d’euros par tonne au-dessus des niveaux brésiliens, ce qui laisse peu de raisons à un repli tant que la demande ne se manifeste pas. C’est en tout cas la seule ligne de la fertilisation qui ne dépende ni du gaz, ni du soufre, ni des détroits, ni d’un contingent douanier.
Potasse KCl 60 :
370 €/t départ
La recommandation de Julie
Deux détroits sous tension, un gaz au plus haut depuis 2023 et un contingent d’importation qui se vide. Dans ce décor, une seule chose ne dépend ni d’une route maritime ni d’une échéance douanière : ce que coûte réellement l’unité d’azote une fois épandue. Le reste se négocie ; celui-là se calcule.
Sur ce critère, le STABUR® est la forme d’azote la moins chère du marché : 1,26 € l’unité, contre 1,45 € pour une urée nue et 1,48 € pour un ammonitrate 27, parce qu’il garde l’azote qu’une urée nue laisse partir dans l’air. Sur 180 unités, l’écart avec l’urée nue fait près de 34 € par hectare. Et il ne dépend d’aucun détroit ni d’aucun droit de douane. Il est encore disponible aujourd’hui.