Le gaz flambe, le blé plie
Engrais fermes, blé en repli : la parité azote/blé dépasse 7 quintaux.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Les semis occupent les exploitations et le marché des engrais tourne au ralenti. La semaine a pourtant tout d’un paradoxe : les coûts de fabrication s’envolent, les prix des engrais résistent, mais les céréales reculent et les acheteurs restent aux champs. En Belgique, les prix bougent peu : l’urée gagne encore quelques euros, à 565 €/t départ Gand, tandis que l’ammonitrate et la solution azotée restent stables.
Ce qui tient les prix élevés vient d’abord du gaz. Le gaz européen a franchi les 90 €/MWh le 22 octobre, une première depuis décembre 2022, sur fond de tensions au Moyen-Orient qui privent l’Europe d’une partie du gaz naturel liquéfié. Les stocks européens ne sont remplis qu’aux trois quarts environ, près de 15 points sous la moyenne des cinq dernières années à l’approche de l’hiver. Pour les fabricants d’azote, dont le gaz est la première matière première, il n’y a guère de place pour baisser.
En face, les céréales décrochent. Les discussions diplomatiques entre Washington, Moscou et Kiev ont fait perdre au blé 6 à 7 €/t sur certaines échéances mercredi, entraînant le maïs et le colza. Un apaisement faciliterait les exportations ukrainiennes et russes et renforcerait la concurrence sur les marchés. Résultat : il faut désormais 7,04 quintaux de blé pour financer 100 unités d’azote efficace, contre une médiane de 6,70 depuis juillet 2025. La parité n’a été plus défavorable qu’un quart du temps sur cette période.
Dans ce contexte, les achats sont quasiment à l’arrêt. La faiblesse de la demande freine la répercussion des hausses de coûts : selon les cotations nationales, l’ammonitrate 27 n’a gagné que 3 €/t entre le 16 et le 22 octobre. La suite dépendra de trois éléments : le gaz, l’issue des discussions sur l’Ukraine et le retour des acheteurs après les semis. Pour les exploitations non couvertes, le risque de hausse n’a pas disparu ; pour celles déjà en partie couvertes, rien ne presse aux niveaux actuels.
Repères cultures (prix indicatifs)
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Maïs – Novembre 2027 :
225,5 €/t
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Blé tendre – Septembre 2027 :
223 €/t
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Colza – Août 2027 :
533 €/t
À retenir :
- Gaz au-dessus de 90 €/MWh, plus haut depuis 2022 : les coûts de l’azote ne se détendent pas
- Prix belges quasi stables : urée à 565 €/t départ Gand, ammonitrate et solution inchangés
- Blé, maïs et colza reculent avec les espoirs de paix en Ukraine
- Parité azote/blé à 7,04 q pour 100 unités : les conditions se dégradent
Ammonitrate
L’ammonitrate se maintient à 415 €/t départ. Son prix dépend surtout du coût de fabrication européen, et celui-ci continue de grimper avec le gaz. Les fabricants voudraient répercuter la hausse, mais l’absence d’acheteurs les en empêche : les cotations nationales n’ont progressé que de quelques euros sur la semaine. Ce statu quo tient tant que la demande reste absente ; il pourrait céder au retour des achats. En base départ, la 27 revient autour de 1,54 € l’unité d’azote, contre 1,54 € pour l’urée nue pertes comprises.
Urée
L’urée gagne encore une dizaine d’euros, à 565 €/t départ Gand. Le marché mondial reste sous tension : les cotations égyptiennes ont de nouveau progressé, portées par un besoin indien qui reste largement à couvrir après un appel d’offres n’ayant permis d’acheter qu’environ un quart des volumes recherchés. En sens inverse, de nouvelles autorisations d’exportation chinoises pourraient détendre le marché, tandis que les perturbations au Moyen-Orient pèsent toujours sur les disponibilités en urée et en ammoniac. Le prix belge suit donc le mouvement mondial, avec retard et sans excès. À l’unité d’azote réellement valorisée, pertes comprises, l’urée nue revient autour de 1,54 €.
Solution azotée
La solution azotée reste autour de 460 €/t départ Gand. Fabriquée en Europe, elle subit la même hausse du gaz que l’ammonitrate, mais faute d’acheteurs, rien ne bouge. Avec son titre de 30 et les pertes à l’épandage, elle reste la plus chère à l’unité d’azote, autour de 1,80 € ; son intérêt tient à la souplesse d’apport et au matériel déjà en place. Une large part des besoins n’étant pas encore couverte, les disponibilités pourraient se tendre au retour des achats de sortie d’hiver.
Phosphore
Le phosphore ne bouge pas : 880 €/t départ pour le DAP, 670 €/t départ pour le TSP. Les achats ralentissent à l’échelle mondiale, notamment au Brésil et en Inde, ce qui calme le marché. Le soufre reste le point de vigilance : indispensable à la fabrication des phosphates, il dépend largement des flux du Moyen-Orient, toujours perturbés. En Belgique, la demande se limite à quelques camions et les apports de fond sont souvent reportés quand l’azote coûte cher. Les engrais organiques apportent phosphore, potassium et matière organique en un seul passage ; une piste à chiffrer sur les éléments réellement disponibles.
Soufre
Le sulfate d’ammoniaque reste à 370 €/t départ. À l’import, droits de douane et mécanisme carbone compris, son coût de revient se situe à peu près au niveau du prix actuel : la marge de baisse reste mince. Les tensions au Moyen-Orient, d’où part une large part du soufre mondial, n’incitent pas non plus à la détente. Il apporte soufre et azote dans le même passage, ce qui explique qu’il soit souvent associé aux formes concentrées en sortie d’hiver.
Potasse
Le chlorure de potasse reste à 375 €/t départ, sur une demande quasi nulle. Le marché mondial est bien approvisionné : les stocks et les nouvelles capacités de production pèsent sur les perspectives, et rien ne laisse attendre de hausse à court terme. La potasse demeure le poste le plus prévisible du budget engrais, autour de 0,63 € l’unité. Le potassium des produits organiques étant généralement aussi efficace que celui des engrais minéraux selon ARVALIS, la comparaison se fait simplement à l’unité de potasse.
L’éclairage de Julie — Couvrir un peu, comparer beaucoup
Avec 7 quintaux de blé pour 100 unités d’azote, le moment n’est pas idéal pour acheter en masse. Mais tout laisser ouvert n’est pas sans risque : le gaz reste au plus haut et l’urée mondiale sous tension. Entre les deux, une couverture partielle, de l’ordre de 20 à 30 % des besoins, soit souvent un camion, limite l’exposition à une nouvelle hausse sans tout engager aux prix du jour. Pour les exploitations déjà en partie couvertes, rien n’oblige à précipiter les achats tant que le rapport engrais/céréales reste aussi défavorable.
Le second levier se joue à l’unité d’azote plutôt qu’à la tonne. Sur une urée nue à 565 €/t, 20 % de pertes par volatilisation représentent plus de 110 €/t partis dans l’air ; une urée stabilisée comme le STABUR en récupère l’essentiel, ce qui en fait l’une des unités d’azote les plus compétitives du moment. La même logique vaut pour le fond : l’organique se compare au minéral sur le phosphore et la potasse réellement disponibles.
Comparer les produits sur ce coût net, à l’unité réellement valorisée, donne la mesure de l’écart réel entre les solutions. Le STABUR est disponible dès maintenant chez Agryco.
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Exploitation non couverte :
Couverture partielle, 20 à 30 %
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Exploitation déjà en partie couverte :
Pas d’urgence aux niveaux actuels
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Fond phosphore et potasse :
Comparer organique et minéral à l’unité