Encore une baisse sur les azotés… et encore une déception de Bruxelles
Urée à 660 €/t big bag, solution azotée à 445 €/t départ Gand — une fenêtre avant un rebond ?
CE QUE LE MARCHÉ NOUS DIT CETTE SEMAINE :
Les azotés en repli : une fenêtre, pas un retournement
Urée, solution azotée : les engrais azotés cèdent du terrain sur l'ensemble des formes cette semaine. L'urée perd encore 20 €/t : 40 €/t de détente en deux semaines, notre position est à 660 €/t départ Gand, big bag. La solution azotée recule également à 445 €/t départ Gand.
Ce mouvement s'installe dans un contexte qui ne plaide pourtant pas pour une baisse structurelle. Preuve en est : le 22 mai, le Conseil de l'UE a annoncé une suspension d'un an des droits de douane sur l'urée et l'ammoniac (hors Russie/Biélorussie), estimée à 60 M€ d'économies ; une mesure symbolique que Bruxelles présente comme un geste fort. Dans le même temps, le plan d'action du 19 mai confirme l'essentiel : réserve agricole de 200 M€, MACF maintenu, aucun allègement opérationnel avant fin 2026. Les 250 agriculteurs mobilisés à Strasbourg ont jugé le plan insuffisant. L'Europe ne sera pas le filet de sécurité.
Résultat : les achats s'amorcent, timidement. Certains agriculteurs profitent de la fenêtre baissière pour se couvrir maintenant, sachant qu'ils ne pourront compter ni sur Bruxelles ni sur une détente réglementaire à court terme. Un rebond des cours du blé ou de l'urée pourrait rapidement transformer ces achats prudents en rush d'achat.
À retenir :
Les azotés reculent cette semaine, mais les structures haussières restent intactes : taxe égyptienne jusqu'à août, MACF maintenu, plan UE sans impact opérationnel avant fin 2026. La suspension des droits UE (60 M€) ne change pas l'équation. Les achats prudents de cette semaine sont une couverture rationnelle, pas un pari.
CAN 27 / AMMONITRATE :
Le marché belge du CAN 27 reste bien orienté. Nous proposons une offre rendue 420 €/t base vrac sur le CAN/ammo 27. Les prix pourraient encore évoluer à la baisse, à surveiller. À noter : l'ammonitrate soufrée continue de bien se vendre, confirmant l'intérêt des agriculteurs pour les solutions combinées azote-soufre.
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CAN 27 :
~420 €/t vrac Réappro
Urée :
La taxe export égyptienne à 90 $/t reste en vigueur jusqu'à début août. Le MACF à ~40 $/t continue de peser sur les origines hors-UE. Ces deux facteurs structurels n'ont pas disparu. Notre offre à 660 €/t départ Gand, big bag représente 20 €/t de moins qu'il y a sept jours. Ramenée à l'unité d'azote, cette urée s'établit à 481 €/t équivalent CAN 27 — un niveau que le CAN en big bag ne peut pas atteindre aujourd'hui.
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Urée :
~660 €/t départ Gand, big bag
Solution azotée :
Bonne nouvelle partielle : le prix recule à 445 €/t départ Gand contre 448 € la semaine dernière. L'approvisionnement reste structurellement tendu : les producteurs européens ne couvrent pas les volumes habituellement assurés par les origines pénalisées (Russie, USA, Trinidad). La solution azotée se vend bien aux États-Unis ; les surplus ne déverseront pas sur notre marché avant un moment. Les 445 €/t actuels sont peut-être une opportunité.
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Solution azotée :
~445 €/t départ Gand NC
Phosphore — DAP & TSP
Marché stable. Le dossier cadmium reste à surveiller : proposition de loi visant à abaisser les seuils à 40 mg/kg en 2027, examen attendu début juin. La Belgique, déjà alignée sur la limite UE actuelle de 60 mg/kg, serait directement concernée par tout abaissement supplémentaire. Rien n'est acté à ce stade.
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DAP (18-46-0) :
~850 €/t vrac départ Gand
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TSP (45 %) :
~685 €/t vrac départ Gand
Soufre & sulfonitrates
Usines toujours en maintenance, zéro offre supplémentaire. Ormuz coupe 44 % des flux mondiaux de soufre. La fenêtre de couverture se resserre.
Dans la nuit du 25 mai, les États-Unis ont frappé Bandar Abbas, la ville portuaire située face au détroit d'Ormuz, ciblant des sites de missiles et des embarcations iraniennes en train de poser des mines. La reprise timide du trafic observée ces dernières semaines est remise en question. Pendant ce temps, Trump affirme que les négociations « avancent bien » et Rubio assure que le détroit « rouvrira d'une manière ou d'une autre ».
Traduction pour le marché des engrais : la détente sur Ormuz que certains anticipaient est repoussée. Les flux de soufre et d'azote du Golfe restent sous pression. La fenêtre ouverte cette semaine sur les azotés n'en est que plus étroite.
Potasse — KCl
Marché stable, sans signal de détente côté offre. La demande mondiale reste soutenue.
KCl :
~358 €/t départ Gand
La recommandation de Julie
Urée BB à 660 €/t : faut-il encore attendre ?
L'urée a perdu 40 €/t en deux semaines. La question que beaucoup posent : est-ce que ça va encore baisser ? La réponse honnête : on ne sait pas. Mais les éléments disponibles penchent plutôt contre une poursuite de la baisse.
→ Ce qui joue contre une nouvelle baisse :
taxe égyptienne à 90 $/t jusqu'à août, MACF maintenu par la Commission (confirmé le 19 mai), solution azotée structurellement tendue. La suspension des droits de douane UE sur l'urée et l'ammoniac (22 mai) représente 60 M€ à l'échelle européenne… un geste, pas un levier prix.
→ Sur céréales à paille :
selon les travaux d'Arvalis, pas d'écart de rendement significatif entre urée et ammonitrate à dose identique. À 481 €/t équivalent CAN 27, le calcul est favorable à l'urée pour qui peut travailler en big bag.
→ Pour la prochaine campagne :
Se couvrir maintenant, c'est se protéger contre un rebond que les facteurs structurels rendent probable. L'UE ne viendra pas compenser : les 200 M€ de la réserve agricole seront distribués via les États membres, vraisemblablement dilués sur de nombreuses filières avant d'atteindre les céréaliers.
Ne pas comparer le prix par tonne, comparer le coût par unité d'azote valorisée par la culture. C'est là que se joue la marge.
Réservé aux lecteurs jusqu'au-boutistes : code UREE10, -10 €/t supplémentaires sur l'urée pendant deux semaines.