Le blé paie mieux l’azote
Les trois grains montent plus vite que l’engrais : le rapport se redresse.
CE QUE LE MARCHÉ NOUS DIT CETTE SEMAINE :
Les pluies de la seconde quinzaine d’août ont débloqué les semis de colza et remis les sols en état après un été particulièrement sec ; selon les régions, les cumuls ont varié de quinze à plus de soixante millimètres, et les premières parcelles semées autour du 19 août lèvent vite et régulièrement. Pendant que les semoirs tournaient, le marché des engrais a bougé, et pas dans le sens attendu. L’urée reprend 15 €/t, à 510 €/t départ Gand. Le nitrate, lui, n’a pas suivi le gaz : le CAN 27 s’inscrit à 390 €/t départ Gand et des tonnes restent proposées pour la première quinzaine de septembre. C’est la première fois depuis le printemps que les deux principaux azotés partent dans des directions aussi différentes.
La hausse de l’urée vient de l’extérieur. L’urée égyptienne a repris une quarantaine de dollars par tonne en une semaine, les sorties du Golfe se sont de nouveau arrêtées, les importateurs brésiliens se positionnent avant leur campagne et l’Inde vient de retirer 1,7 million de tonnes du marché. Les fournisseurs qui proposaient 480 à 485 €/t départ à la mi-août demandent aujourd’hui 505 à 510 €/t, et deux ou trois d’entre eux visent plus haut la semaine prochaine. En Europe du Nord-Ouest, la couverture reste très en retard sur une campagne normale à cette date : l’essentiel du besoin en urée est encore à faire, et ce sont les vendeurs qui ont la main.
Le contraste avec le nitrate est net, et c’est là que se joue l’information de la semaine. Le gaz européen a franchi 70 €/MWh, son plus haut niveau depuis janvier 2023, et les stockages européens n’étaient remplis qu’à 63 % à la fin du mois d’août. En temps normal, cela suffirait à tirer les nitrates vers le haut. Cela ne s’est pas produit, pour trois raisons : la demande a été nulle en août, il revient aujourd’hui moins cher aux producteurs européens d’acheter de l’ammoniac importé que d’en fabriquer avec un gaz à ce prix, et du nitrate est offert au départ de la Belgique pour la première quinzaine de septembre à des niveaux qui, ramenés sur les marchés voisins, ressortent sous leurs propres cotations. Dans le même temps, les trois grains montent ensemble.
Repères cultures (prix indicatifs)
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Maïs :
267 €/t
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Blé tendre :
245 €/t
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Colza :
544 €/t
Le maïs signe à Chicago sa meilleure performance mensuelle depuis avril 2021, avec près de 16 % de hausse sur le seul mois d’août : la récolte américaine déçoit, la production européenne est révisée en baisse et les notations de maïs se sont nettement dégradées en Europe de l’Ouest par rapport à l’an dernier. Le blé a connu sa plus forte semaine depuis mars 2022, après la publication le 26 août d’informations faisant état d’une intensification de la guerre en Ukraine ; les chargements russes du mois d’août sont estimés à 2,2 Mt contre 4,5 Mt un an plus tôt, et aucun navire n’est entré à Odessa depuis le 1er août. Les stocks mondiaux de blé, eux, ont été relevés dans le dernier bilan américain : le grain existe, il circule mal. C’est ce qui fait payer aujourd’hui l’origine ouest-européenne plus de 60 $/t au-dessus du blé de la mer Noire. Le colza suit le mouvement des huiles européennes.
À retenir :
- L’urée reprend 15 €/t, à 510 €/t départ Gand : la fenêtre de la mi-août à 480-485 €/t est refermée
- Le CAN 27 s’inscrit à 390 €/t départ Gand, avec des tonnes encore proposées pour la première quinzaine de septembre
- Il faut aujourd’hui 1,5 t de blé pour payer une tonne de CAN 27, contre 1,9 t début août
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Le gaz européen franchit 70 €/MWh, au plus haut depuis janvier 2023, avec des stockages remplis à 63 % fin août
Ammonitrate :
Le CAN 27 s’inscrit à 390 €/t départ Gand. Le mouvement est limité, mais il va à contre-courant du gaz et cela mérite une explication. Le nitrate européen suit d’abord le coût de l’énergie, qui devrait le tirer vers le haut ; mais la demande a été nulle en août et les producteurs ont préféré placer des tonnes sur la première quinzaine de septembre plutôt que de pousser les cotations. Le résultat est une offre disponible à des niveaux qui, ramenés sur les marchés voisins, ressortent sous leurs propres prix. À l’unité d’azote et à livraison comparable, le CAN 27 revient autour de 15,7 €/u ; l’écart avec les formes plus concentrées se paie surtout en logistique et en nombre de passages.
Urée :
L’urée reprend 15 €/t en une semaine et les offres tournent désormais autour de 505 à 510 €/t départ Gand. Les lots traités à 480-485 €/t à la mi-août l’ont été au bon moment : ce qui reste à couvrir se paie aujourd’hui 25 à 30 €/t plus cher. L’Inde a bouclé un appel d’offres de 1,7 million de tonnes, le Brésil entre en campagne et les tonnes du Golfe ne sortent plus. Les acheteurs du Nord-Ouest européen n’ayant engagé qu’une faible part de leur besoin annuel, ce sont les vendeurs qui ont la main pour les semaines qui viennent ; il faudrait un apaisement durable à Ormuz ou un retour massif de l’offre chinoise pour changer cela. À ce stade de campagne, la question posée aux acheteurs n’est plus celle du niveau, mais celle du rythme auquel ils veulent le subir.
Solution azotée :
Toujours 425 €/t départ Gand. La demande est nulle, l’offre l’est presque autant : personne ne pousse et le prix ne bouge pas. Le retard de couverture reste important sur ce produit et finira par se traduire soit en prix, soit en délais au moment des apports. Rappelons ce que ce prix représente réellement : avec un titre de 30 et des pertes à l’épandage, la solution azotée reste la forme d’azote la plus chère à l’unité réellement valorisée. Ce qui se paie ici, c’est la souplesse d’apport et le matériel déjà en place, pas le prix de l’unité. Sur le Benelux, la question tient d’ailleurs moins au prix qu’aux capacités de stockage et aux créneaux de chargement : le produit s’enlève au fil des besoins et se transporte mal sur longue distance, ce qui rend le calendrier au moins aussi structurant que la cotation.
Phosphore — DAP & TSP
Le DAP cède 5 €/t, le TSP ne bouge pas. Les premiers signes de détente apparaissent en Europe, où plusieurs tarifs de TSP ont été abaissés d’une vingtaine d’euros cette semaine, sans effet encore sur le prix départ ; le phosphate marocain, lui, trouve preneur ailleurs, avec un accord de 350 000 t de DAP et 250 000 t de TSP conclu avec des acheteurs indiens pour des expéditions d’août à novembre. Le soufre, premier poste de coût derrière le phosphate, reste le verrou. Un point mérite d’être rappelé au moment où les plans de fumure se construisent : le phosphore et la potasse sont les postes les plus faciles à décaler quand la trésorerie est tendue, et les moins faciles à rattraper ensuite. Le rapport de force reste celui du début de l’été : des coûts trop élevés pour que les prix reculent franchement, une demande trop faible pour qu’ils repartent à la hausse.
Soufre &
sulfonitrates
Inchangé à 370 €/t départ, mais la disponibilité s’est nettement améliorée : plusieurs cargaisons de sulfate d’ammoniaque granulé chinois ont été déchargées fin août sur la façade atlantique, et d’autres arrivages sont annoncés d’ici la mi-octobre sur les ports du Benelux. C’est l’azoté sur lequel l’offre s’est le plus étoffée à cette rentrée, alors même que près de la moitié du soufre transporté par voie maritime dans le monde passe par Ormuz. Son titre est bas, mais le soufre vient en prime et n’a pas à être acheté séparément : là où le besoin en soufre est avéré, c’est ce cumul qui fait l’arithmétique, plus que le prix à la tonne. Les arrivages annoncés d’ici la mi-octobre en font, à cette date, l’azoté le plus facile à sécuriser sur le Benelux, ce qui n’était pas le cas au printemps.
Sulfate d’ammoniaque 21 :
370 €/t départ
Potasse — KCl
Toujours 355 €/t départ Gand, sans mouvement depuis plusieurs semaines. Les prix brésiliens ont reculé de 5 à 10 $/t sur des stocks élevés et une campagne qui se termine, et le tarif européen de référence n’a pas bougé. La potasse est le seul élément de la fertilisation qui ne dépende ni du gaz ni du soufre, et cela se voit : l’offre est correcte, les besoins sont planifiés et les affaires se traitent au fil de l’eau, sans à-coups. C’est, cette campagne, le poste le plus prévisible de la facture de fertilisation, et le seul qui ne dépende d’aucun des deux verrous du moment.
Potasse KCl 60 :
355 €/t départ
La recommandation de Julie
Pour la première fois depuis le printemps, les deux courbes vont dans le bon sens en même temps : le grain monte nettement plus vite que l’azote. Une tonne de CAN 27 se paie aujourd’hui 1,5 tonne de blé, contre 1,9 début août.
Cette respiration tient au grain, pas à l’engrais, et le grain peut redescendre aussi vite qu’il est monté ; le rapport du jour n’est pas acquis pour la campagne. Et si l’urée revient dans le calcul, un rappel qui ne dépend ni des cotations ni du calendrier : ce qui se volatilise après l’épandage pèse plus lourd que la plupart des mouvements de prix d’une semaine. Le prix du jour se lit sur une facture ; le coût réel se lit dans la parcelle. C’est la seule partie de l’équation qui ne se renégocie pas d’une semaine sur l’autre.
Prix départ Gand, hors taxes, à titre indicatif ; les fiches produits et les niveaux hebdomadaires sont consultables sur agryco.com.