Plus aucun frein à la hausse
Le gaz au plus haut depuis le printemps ; l’azote grimpe désormais chaque jour.
CE QUE LE MARCHÉ NOUS DIT CETTE SEMAINE :
Une semaine plus tard, la tension n’a fait que s’aggraver. Les frappes se sont intensifiées : les États-Unis ont mené plusieurs vagues successives sur des cibles militaires iraniennes, et l’Iran a visé à son tour des navires dans le détroit d’Ormuz, dont deux pétroliers touchés par des missiles. De grands armateurs ont suspendu leurs passages, les primes de risque de guerre se sont envolées, et le principal exportateur de gaz naturel liquéfié de la région a suspendu un projet d’augmentation de production après l’attaque d’un de ses tankers. Le gaz européen est ainsi repassé près de 60 €/MWh, au plus haut depuis le printemps. Or, le gaz fait l’essentiel du coût de l’azote : la mécanique joue à plein, entraînant une hausse.
Surtout, le dernier facteur de baisse a disparu. Les nitrates encore accessibles il y a peu dans certains marchés voisins ont nettement monté cette semaine, en Allemagne comme en France, le CAN en tête, tandis que la demande y faiblit. Le repère bas qui pouvait encore tempérer le nitrate à l’échelle du nord-ouest européen n’existe plus. Il ne reste, aujourd’hui, aucun frein sérieux à la hausse.
Fait notable pourtant : après le répit de la semaine passée, le prix de l’azote est aujourd’hui quasiment à son niveau d’avant le conflit américano-iranien, alors même que l’énergie et les grains, eux, sont au plus haut. Le marché a déjà digéré le pic ; ce qui le fait remonter n’est plus la peur, mais la mécanique de fond, un gaz durablement cher et une demande mondiale qui n’a pas dit son dernier mot. Sauf apaisement géopolitique, que rien n’annonce à ce stade, l’orientation paraît haussière jusqu’à la fin de l’année, dans le sillage d’un gaz attendu en hausse.
Dans le détail, la progression est désormais quotidienne. L’ammonitrate 27 / CAN a suivi le contexte, autour de 400 €/t départ Gand. L’urée donne le LA de cette hausse et reste le meilleur thermomètre, à 535 €/t départ Gand, en hausse d’environ 10 €/t par jour. La solution azotée, un temps introuvable, retrouve une offre autour de 425 €/t départ Gand ; pour combien de temps, nul ne le sait.
Le paradoxe de la semaine passée s’installe. La demande, loin de se tarir, reste soutenue par la nette hausse des grains, qui renforce l’envie de maintenir les assolements et de commander tôt. Autrement dit, tout pousse à acheter au moment précis où tout pousse les prix vers le haut.
Repères cultures
-
Maïs :
247 €/t
-
Blé tendre :
234 €/t
-
Colza :
545 €/t
Les grains poursuivent leur envolée, et cette semaine c’est le blé qui mène, porté par la géopolitique en mer Noire : le détroit de Kertch, voie de sortie des grains russes, reste fermé, les exportations russes de juillet sont attendues sous les 2 millions de tonnes contre 4 à 6 habituellement, et les terminaux proches d’Odessa sont visés. Le maïs, à un niveau inédit depuis 2023, et le colza au-dessus de 540 €/t complètent le tableau. Si le conflit devait s’intensifier encore, une nouvelle jambe de hausse de l’ordre de 50 €/t sur le blé n’est pas à exclure. Ces niveaux redonnent de la valeur aux récoltes et renforcent l’envie de sécuriser l’azote.
À retenir :
-
Escalade, pas accalmie :
-
Frappes intensifiées et tankers touchés dans Ormuz.
-
Passages suspendus et primes de risque en flambée.
-
Le gaz repasse près de 60 €/MWh, au plus haut depuis le printemps.
-
Plus aucun frein sur les nitrates :
-
Les prix montent également chez nos voisins (Allemagne, France).
-
La demande y faiblit ; le repère bas qui retenait l’ammonitrate 27 a disparu.
-
Hausse quotidienne des prix :
-
Ammonitrate 27 : 400 €/t
-
Urée : 535 €/t départ (~+10 €/t par jour)
-
Solution azotée : 425 €/t départ
CAN 27 / AMMONITRATE :
Le nitrate est reparti nettement à la hausse : le CAN 27 s’établit autour de 400 €/t départ Gand. Le repli des semaines précédentes est effacé, d’autant que les nitrates ont aussi monté en Allemagne et en France, supprimant le point de comparaison bas qui pesait encore. Côté usines, les producteurs de nitrates, jusqu’ici relativement à l’abri, commencent à répercuter un gaz reparti à la hausse ; ceux approvisionnés en ammoniac sont un peu plus au large, mais rien n’est joué.
-
CAN 27 :
400 €/t vrac départ
Urée :
L’urée grimpe d’environ 10 €/t par jour et s’établit à 535 €/t départ Gand. À l’international, deux forces s’opposent. L’Inde, premier importateur mondial, doit encore couvrir de l’ordre de 5 millions de tonnes d’ici la fin de l’année et multiplie les appels d’offres, autour d’un million de tonnes par mois, autant de demande supplémentaire ; en face, la Chine reste présente à l’export, ce qui empêche le marché de s’emballer trop vite. Malgré ce garde-fou, les prix montent bien. Rappelons-le : sur une année séchante, l’urée nue se volatilise davantage ; son prix à la tonne ne dit pas tout de son coût réel à l’hectare.
-
Urée :
535 €/t vrac départ
Solution azotée :
Après avoir totalement disparu, l’offre reparaît autour de 425 €/t départ Gand ; rien ne dit qu’elle tienne longtemps si la tension persiste. Là encore, sa version soufrée reste la piste à privilégier : elle couvre le soufre à coût maîtrisé, deux besoins en un seul apport.
-
Solution azotée :
425 €/t départ
Phosphore — DAP & TSP
Pas de mouvement de prix, mais le risque porte sur la disponibilité : Ormuz concentre aussi une large part des flux de phosphates et de soufre, matière première du DAP. Les engrais de fond gagnent à être réservés tôt ; entre NPK 15-15-15 et formules allégées comme le 8-15-15, il y a de quoi couvrir le fond selon son budget.
-
DAP (18-46-0) :
~873 €/t départ
-
TSP (45 %) :
~650 €/t départ
Soufre & sulfonitrates
Le sulfate n’a pas encore réagi, mais cela ne saurait tarder : aucune baisse n’est envisagée et des hausses sont attendues, que la tension sur les flux du Golfe ne fait que renforcer. Les besoins en soufre sur colza et céréales gagnent à être couverts sans attendre, tant que le marché le permet encore.
Potasse — KCl
Marché calme, à l’écart de la tension du moment : moins exposée aux flux d’Ormuz et bien approvisionnée, la potasse peut se traiter au fil de l’eau, selon les besoins déjà planifiés.
KCl :
~358 €/t départ Gand
La recommandation de Julie
La solution azotée a bien baissé : le bon moment pour se positionner
Faut-il parier sur une forme d'azote plutôt qu'une autre ? Sur le seul coût, pas vraiment. Ramenés à l'unité d'azote réellement valorisée, prix de vente et pertes compris, les principaux engrais azotés se tiennent dans une fourchette resserrée. Le STABUR® reste le moins cher, les autres urées et les ammonitrates suivent d'assez près.
Là où la différence se creuse vraiment, ce n'est pas sur le prix, c'est sur la disponibilité. La solution azotée est aujourd'hui le produit le plus rare et le plus disputé du marché ; les stocks approchent la rupture un peu partout, et l'offre revenue ces derniers jours peut repartir aussi vite qu'elle est apparue. Pour une exploitation dont le programme repose sur elle, la question n'est donc plus le coût à l'unité, mais l'accès au produit : la fenêtre pour se couvrir se referme vite, et elle tient désormais aux volumes encore disponibles bien plus qu'au tarif.