Et si la pluie relançait tout ?
Le gaz recule, l’azote se raffermit ; les camions manquent.
Ce que le marché nous dit cette semaine
C’est le paradoxe de la semaine : le gaz européen perd environ 10 % après son bond précédent, et pourtant l’azote continue de se raffermir. Le CAN 27 prend 15 €/t, à 420 €/t départ Gand, et l’urée 5 €/t, à 550 €/t départ Gand ; la solution azotée reste à 445 €/t départ Gand. Côté grains, pas de relais : le colza tient à 530 €/t, le blé et le maïs cèdent 1 et 3 €/t.
Pourquoi la baisse du gaz ne se voit pas encore ? Au moins six usines européennes d’ammoniac tournent à capacité réduite, et il est aujourd’hui plus économique d’importer l’ammoniac que de le produire en Europe : un gaz un peu moins cher ne remet pas pour autant ces usines à plein régime. Pendant ce temps, les agriculteurs attendent. Les semis d’automne et le manque de pluie passent avant les achats, et chacun veut d’abord voir comment les cultures s’installent. Quelques pluies suivies de belles levées pourraient suffire à redonner confiance et à relancer les décisions, et beaucoup voudraient alors être livrés en même temps.
Or la logistique est déjà tendue. Le Rhin reste très bas et les péniches ne chargent qu’environ 70 % de leur capacité ; certains flux maritimes, notamment depuis la Baltique, accusent plusieurs semaines de retard, et les camions sont difficiles à mobiliser. Même sans pénurie, les tonnes circulent moins vite. Avec un carburant qui reste cher, la hausse finira aussi par gagner le fret routier : la question ne sera plus seulement le prix de la tonne, mais son coût complet, transport et épandage compris.
En Belgique, cette tension prend une forme particulière. Les ports du Benelux ont reçu de grosses cargaisons d’urée qui se vendent moins vite que prévu et manquent de place en stockage. Les tonnes sont donc bien là, à quai ; c’est leur acheminement jusqu’à la ferme, au moment où beaucoup voudront être livrés en même temps, qui risque de devenir le vrai sujet de l’automne. Un prix affiché ne vaut alors que rapporté au délai et au coût de livraison qui l’accompagnent.
Repères cultures (prix indicatifs)
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Maïs – Novembre 2027 :
228 €/t
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Blé tendre – Septembre 2027 :
234 €/t
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Colza – Août 2027 :
530 €/t
Le maïs cède 3 €/t, le blé 1 €/t, le colza prend 1 €/t. Une semaine sans direction pour les grains, quand l’urée continue de monter : le pouvoir d’achat en azote s’effrite encore un peu.
À retenir :
- Le gaz recule d’environ 10 % sur la semaine, mais l’azote se raffermit : +15 €/t sur le CAN 27, +5 €/t sur l’urée.
- Usines d’ammoniac européennes au ralenti et demande mondiale soutenue : l’Europe ne fixe pas seule le prix de l’azote.
- Logistique tendue (Rhin très bas, retards maritimes, camions rares) au moment où la demande pourrait repartir après les levées.
- Urée abondante dans les ports du Benelux, faute de place en stockage : des concessions ponctuelles restent possibles sur de gros volumes.
Ammonitrate 27 / CAN
Le CAN 27 prend 15 €/t, à 420 €/t départ Gand. Les producteurs d’ammonitrate ont bien avancé leurs ventes : pendant plusieurs semaines, une urée suffisamment chère a rendu leurs prix acceptables malgré des niveaux élevés, et les dates de livraison qui s’éloignent traduisent des carnets déjà bien remplis. Les distributeurs, eux, deviennent prudents sur les achats supplémentaires à terme, notamment pour janvier. À l’unité d’azote, le CAN 27 revient à environ 1,56 €, sans perte à l’épandage à intégrer. C’est ce qui en fait la forme nitrique de référence en Belgique ; son titre de 27 impose en revanche davantage de tonnes à transporter et à épandre pour une même dose d’azote, un point qui pèse plus lourd quand les camions manquent et que le carburant reste cher.
Urée
L’urée prend 5 €/t, à 550 €/t départ Gand. Son prix se fait à l’échelle mondiale, et la demande y reste soutenue : l’Inde a lancé le 23 septembre un nouvel appel d’offres de 1,7 million de tonnes, pendant que la Chine a libéré des volumes supplémentaires à l’export pour la fin d’année. Le change amplifie le mouvement : l’urée s’achète en dollars, et deux centimes d’écart sur l’euro suffisent à déplacer le prix européen de l’ordre de 8 €/t. Tendance haussière ne veut pas dire marché fluide pour autant : les cargaisons qui attendent preneur dans les ports du Benelux peuvent ouvrir ponctuellement des concessions sur de gros volumes. Gand reste la porte d’entrée de ces volumes, et c’est là que les écarts de prix apparaissent en premier. À l’unité d’azote réellement valorisée, l’urée nue ressort autour de 1,50 €, devant le CAN 27 ; une fois l’inhibiteur ajouté, l’écart avec le nitrate reste net et facile à chiffrer. C’est ce qui explique que les urées inhibées se soient bien vendues ces dernières semaines.
Solution azotée
La solution azotée reste à 445 €/t départ Gand après plusieurs semaines de progression régulière. L’offre est toujours courte et la détente du gaz n’y change rien à court terme. Son titre de 30 et les pertes à l’épandage la laissent la plus chère à l’unité d’azote, autour de 1,75 € : son intérêt tient à la souplesse d’apport et au matériel déjà en place. Son titre de 30 la range toutefois, avec le CAN, parmi les formes qui demandent le plus de volume à transporter pour une même dose d’azote.
Phosphore
Toujours aucun mouvement sur le DAP et le TSP. La demande reste très faible, sur le DAP comme sur les NPK : peu de volumes et peu d’intérêt en ce début d’automne. Le carburant cher pourrait pourtant changer la façon de compter. Chaque passage d’épandeur coûte du carburant, du temps de tracteur et de main-d’œuvre, et du tassement : quand on raisonne au coût complet plutôt qu’au prix de la tonne, les produits qui apportent plusieurs éléments en un seul passage prennent de l’intérêt. C’est l’objet de l’éclairage de Julie cette semaine.
Soufre
Le sulfate d’ammoniaque reste à 370 €/t départ Gand, mais le soufre pourrait redevenir un sujet. Les volumes chinois entrés sans droits de douane arrivent au bout de leur contingent, et les prochains arrivages supporteront davantage les droits et le mécanisme carbone aux frontières. En parallèle, certaines disponibilités européennes restent faibles. Pas d’alerte à ce stade, mais une tension secondaire à suivre dans les semaines qui viennent. Le soufre a aussi un intérêt pratique cet automne : apporté avec l’azote, sous forme de sulfate d’ammoniaque, il ne demande pas de passage supplémentaire.
Potasse
Le chlorure de potasse reste à 370 €/t départ Gand, sur une demande toujours très faible. Le contraste avec l’azote est net : ce n’est pas « l’engrais » qui monte, c’est surtout l’azote qui fait l’actualité. Pour la potasse comme pour le phosphore, l’enjeu du moment tient moins au prix de la tonne qu’à la manière de l’apporter.
L’éclairage de Julie
Cette semaine, le prix de la tonne ne dit pas tout. Camions rares, péniches à moitié chargées, carburant cher : amener l’engrais jusqu’à la parcelle puis l’épandre pèse davantage dans le coût complet. Premier levier, la concentration en azote. Pour apporter 180 unités sur 100 ha, il faut environ 39 t d’urée contre 67 t de CAN 27, soit près de 28 t de moins à faire venir : l’équivalent d’un camion complet, et autant de remplissages d’épandeur en moins.
Une urée inhibée comme le STABUR ajoute à cette concentration une protection contre la volatilisation : ce qui est gagné au transport n’est pas reperdu à l’épandage, et, à l’unité d’azote réellement valorisée, c’est la forme qui ressort la moins chère de la gamme. Second levier, réunir plusieurs éléments dans un même passage :
- Azote et soufre : le sulfate d’ammoniaque apporte les deux en un seul épandage.
- Azote et phosphore : le DAP 18-46-0 réunit les deux, pour les parcelles qui ont un besoin en phosphore.
- Azote, phosphore et potasse : les NPK couvrent les trois éléments majeurs dans le même passage.
Avec un phosphore et une potasse dont les prix ne bougent pas et une demande qui reste faible, ces produits ne sont pas sous tension. Ce sont les passages évités qui font la différence, en carburant, en temps de travail et en tassement. Chacun appréciera selon ses parcelles, son matériel et l’organisation de ses chantiers.
Moins de tonnes à transporter, moins de passages : cet automne, c’est aussi là que se joue le coût de l’azote.