L’urée enfonce un
deuxième palier
– 30 €/t cette semaine, – 50 €/t en quinze jours : la baisse devient intéressante dans
un marché de l’azote globalement ferme.
CE QUE LE MARCHÉ NOUS DIT CETTE SEMAINE :
La semaine dernière, on se demandait si les 20 €/t perdus par l’urée relevaient du ponctuel
ou du début d’une tendance. La réponse est tombée : l’urée perd encore 30
€/t et s’établit à 490 €/t départ, soit 50 €/t effacés en quinze
jours. Deux baisses consécutives, la seconde plus large que la première… et il
pourrait y en avoir encore une.
Attention toutefois : cette baisse ne doit pas faire oublier le contexte de fond de l’azote,
qui reste ferme. Sur le fond, les éléments n’ont pas changé, la situation reste très tendue
et laisse craindre des mois compliqués à venir. Cette nouvelle fenêtre qui s’ouvre pourrait
donc être une opportunité à saisir pour les azotés à base d’urée, qu’il ne faudrait pas
louper par excès de confiance.
Autour, tout est figé : ammonitrate 27 à 410 €/t vrac franco, solution azotée à 425 €/t
départ, sulfate d’ammoniaque à 370 €/t départ, DAP à 875 €/t, TSP à 670 €/t, potasse à 355
€/t. La baisse de l’urée ne devrait que peu entraîner les autres engrais azotés vers le bas,
car le contexte de fond reste ferme (à noter que le prix du gaz atteint encore des sommets)
et les producteurs en ammonitrate sont plutôt bien avancés sur les ventes.
Repères cultures (prix indicatifs)
-
Maïs :
254,5 €/t
-
Blé tendre :
225,25 €/t
-
Colza :
549 €/t
Les prix ont tendance à se renforcer sur l’ensemble des grains, avec des inquiétudes sur
toutes les productions liées aux records de chaleur enregistrés partout dans le monde.
À retenir :
- L’urée départ Gand perd 30 €/t, à 490 €/t départ, soit 50 €/t en deux semaines.
- Une fenêtre d’achat est en train de s’ouvrir sur les engrais uréiques (urée, Stabur,
urée soufrée…), qui deviennent très compétitifs : à surveiller de près.
- Un contexte global toujours compliqué, avec un prix du gaz qui continue de tutoyer les
sommets alors que les réserves sont au plus bas en Europe, que la situation géopolitique
semble s’enliser et que l’hiver s’approche de plus en plus.
Ammonitrate :
Inchangé pour la deuxième semaine. Ce qui a changé, c’est la pression qui s’exerce dessus :
l’écart de coût à l’unité d’azote face à l’urée s’est creusé après la baisse de 50 €/t en
quinze jours. Il faudra cependant plus que cela pour faire bouger les producteurs de
nitrate. Ils sont assez confortables au niveau de leurs ventes pour ne pas avoir à réagir
immédiatement, et la hausse du gaz ne va pas les y aider. Il y a également peu de chances
qu’ils veuillent provoquer un changement sur le mois d’août, alors que beaucoup de personnes
sont en congés. Il faudrait que la phase baissière en urée puisse durer dans le temps pour
voir un effet, ce qui n’est pas gagné.
Urée :
Deuxième baisse consécutive, et plus large que la première : la demande dans l’hémisphère
nord reste absente, et les résultats de l’appel d’offres en Inde ont montré qu’il n’allait
pas permettre aux producteurs fournissant l’Europe d’y écouler leurs stocks, car ce sont
principalement des tonnes chinoises qui ont été retenues, à des prix très agressifs. Cela
ne veut pas dire pour autant que le marché se retourne complètement, car les tonnes
chinoises sont souvent destinées à l’Inde et les prix y sont généralement agressifs, mais
cela suffit quand même à peser sur un marché qui était déjà à la recherche d’acheteurs.
Cette phase pourrait donc permettre d’entrouvrir une fenêtre intéressante pour les achats.
Il semble qu’il y ait encore un potentiel de baisse de 30/40 €/t, mais il faut surveiller de
près et il paraît opportun d’envisager de couvrir vos volumes prochainement.
Solution azotée :
La solution azotée creuse encore l’écart en coût à l’unité face à l’urée. Une réaction
n’est pas forcément attendue à court terme, car les producteurs savent qu’ils sont en
position de force sur l’ensemble de la campagne au regard des volumes disponibles. Ils
pourraient cependant réajuster si les prix de l’urée restaient sur ces niveaux ou en
dessous, afin de relancer un peu de demande : la campagne sur ce produit a pris beaucoup de
retard et pourrait, à terme, leur faire perdre des parts de marché importantes face aux
autres formes d’azote.
Phosphore — DAP & TSP
Il n’y a pas d’évolution sur ce marché, qui reste trop cher pour intéresser les
agriculteurs, mais un coût de production lié au soufre qui ne permet pas de baisse pour le
moment au niveau des producteurs.
Soufre &
sulfonitrates
La situation n’évolue pas et ne devrait pas changer dans les prochaines semaines. Le marché
devrait rester tendu, avec deux facteurs principaux : le MACF, qui pénalise fortement
l’origine majoritaire qu’est la Chine, et la hausse du soufre, accentuée par le conflit au
Moyen-Orient.
Sulfate d’ammoniaque 21 :
370 €/t départ
Potasse — KCl
Marché calme et sans mouvement, à 355 €/t départ. Bien approvisionnée et peu exposée aux
tensions du moment, la potasse se traite au fil de l’eau, selon les besoins déjà planifiés.
Elle reste, avec le phosphore, le poste sur lequel se feront les arbitrages de fond cet
automne si les prix des grains ne se redressent pas.
Potasse KCl 60 :
355 €/t départ
La recommandation de Julie
Il y a une semaine, je vous invitais à surveiller l’urée parce qu’il pouvait y avoir une
opportunité. Nous y sommes, ou nous en sommes proches. Je ne vais pas vous annoncer que
le point bas est pour vendredi : personne ne le sait, et un marché qui baisse depuis deux
semaines peut parfaitement en baisser une troisième.
Ce que je constate, c’est qu’un écart à l’unité d’azote de ce niveau face au nitrate et
à la solution azotée ne dure jamais très longtemps, et qu’il se referme plus souvent par
le haut que par le bas dans ce genre de contexte. Si vous avez de l’azote à couvrir, la
démarche à réfléchir, c’est de surveiller les offres d’urée cette semaine et de vous
préparer à engager une tranche si le niveau proposé passe sous les 460/470 €/t départ,
une zone de prix qui deviendrait intéressante et éviterait de regarder la fenêtre passer.
Le plus intéressant à engager sera le Stabur, qui affiche largement le coût à l’unité le
plus faible parmi tous les engrais azotés.